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February 4, 2026

Vidéaste : filmer une interview pro (prépa + mise en scène)

Alexandre SCHAAL

Formateur Principal - Équipe éditoriale & pédagogique (Clapora)

Vidéaste : comment filmer une interview (préparation + mise en scène)

Introduction

Filmer une interview a l’air simple : on pose une caméra, on appuie sur “REC”, on parle. En réalité, c’est l’un des formats les plus exigeants, parce qu’il ne repose pas sur des effets… mais sur la crédibilité. En tant que vidéaste, ton image et ton son portent le propos de l’intervenant : si l’audio est moyen, si le cadre est maladroit, si la lumière “fait amateur”, le spectateur doute — même si l’expert dit des choses brillantes.

Bonne nouvelle : une interview vraiment pro ne dépend pas d’un gros budget. Elle dépend surtout d’une méthode. Et la règle la plus rentable à retenir (validée sur le terrain) : 80% de la réussite se joue avant d’appuyer sur enregistrer. Dans cet article, tu vas apprendre à préparer et mettre en scène une interview avec une approche “production” (repérage, intention éditoriale, décor, cadrage, lumière, son, direction), plus une routine de tournage et des astuces de montage pour un rendu propre, fluide et crédible.

Définir l’intention éditoriale (avant même le matériel)

Une interview n’est pas “juste une discussion filmée”. C’est un contenu avec un objectif : informer, convaincre, émouvoir, rassurer, recruter, vendre, documenter. Ton intention détermine ensuite le ton, le lieu, la mise en scène, et même la manière de monter.

Le framework simple : Message / Audience / Preuve

Avant le repérage, pose ces 3 questions :

  • Message : qu’est-ce qu’on veut que le public retienne en 1 phrase ?
  • Audience : qui regarde, et qu’est-ce qu’elle sait déjà ?
  • Preuve : quels exemples concrets rendent le propos crédible ? (résultat, chiffre, expérience, démonstration)

👉 Exemple : si l’objectif est un témoignage émotionnel, tu chercheras un décor plus intime, une lumière douce, un cadre plus rapproché. Si l’objectif est une expertise technique, tu privilégieras un décor “contexte métier”, une image très lisible, et des insertions B-roll (outil, écran, gestes, environnement).

Préparer les questions (et éviter l’interview “plate”)

Prépare une trame en 3 niveaux :

  1. Accroche : une question qui ouvre une histoire (“Qu’est-ce qui vous a fait… ?”)
  2. Clarification : définitions simples, contexte, méthode (“Concrètement, comment… ?”)
  3. Concret : exemple, erreur, leçon, action (“Donnez un exemple”, “Quelle est l’erreur la plus fréquente ?”, “Par quoi commencer ?”)

Astuce montage ultra-pro : la “phrase complète”
Demande à l’intervenant d’intégrer la question dans la réponse.
Au lieu de : “Rouge.” → “Ma couleur préférée, c’est le rouge.”
Résultat : tu peux couper tes questions au montage sans perdre la compréhension, et ton contenu devient autonome (parfait pour les extraits courts).

Pour savoir comment maîtriser le rythme d'un montage vidéo en 4 piliers, lisez cet article.

Repérage : le meilleur investissement temps d’un vidéaste

Le repérage (scouting) n’est pas une option. C’est ce qui te permet d’anticiper 90% des problèmes : lumière, bruit, espace, arrière-plan, logistique.

Chercher la profondeur (pour un rendu “ciné”)

Erreur fréquente : coller le sujet au mur.
Solution : laisse de l’espace entre le sujet et l’arrière-plan. Plus tu éloignes ton sujet du fond, plus tu peux obtenir un arrière-plan légèrement flou (selon ton optique), ce qui :

  • recentre l’attention sur le visage
  • rend l’image plus élégante
  • “professionnalise” instantanément

Vérifier l’acoustique (avant de parler de caméra)

Le spectateur pardonne une image moyenne. Il ne pardonne pas un son mauvais.
Pendant le repérage :

  • écoute les bruits continus (frigo, ventilation, clim)
  • teste les échos (pièce vide, murs nus)
  • identifie les bruits aléatoires (rue, trains, avion)

👉 Une église, un hall, une pièce carrelée : souvent pièges à réverbération. Si tu n’as pas le choix, pense “traitement léger” : tapis, rideaux, coussins, bibliothèques, panneaux acoustiques mobiles.

Observer la lumière naturelle à l’heure prévue

Une pièce peut être parfaite à 10h… et ingérable à 16h (contre-jour, soleil rasant, ombres dures).
Repère :

  • orientation des fenêtres
  • variations de lumière dans la journée
  • possibilité de contrôler (stores, rideaux)

Checklist matériel (essentielle, non exhaustive)

Objectif : ne pas perdre de temps et avoir des plans de secours.

La base

  • Caméra (ou hybride) + cartes SD rapides
  • Trépied stable
  • Batteries chargées + batteries de secours
  • Éclairage portable (idéalement sur batterie)
  • Casque pour monitoring audio

Audio : prévois au moins une redondance

Idéalement :

  • Micro-cravate (discret, excellent pour isoler la voix, très fiable en environnement bruyant)
  • Optionnel : micro canon (son plus “spatial”, nécessite perche/placement rigoureux)

👉 Règle d’or : le micro doit être le plus près possible de la source sonore.

Cadrage : règles simples qui font “pro” immédiatement

Règle des tiers : place les yeux au bon niveau

En interview, vise un placement des yeux proche de la ligne supérieure des tiers. C’est l’endroit où le regard du spectateur “s’attend” à trouver les yeux.

Looking room : laisse de l’espace là où le sujet regarde

Ne centre pas systématiquement le sujet en paysage.
Laisse un espace du côté du regard : ça crée une respiration et évite l’impression que le sujet “regarde hors champ”.

Valeurs de plan recommandées

  • Plan poitrine : intimiste, excellent pour témoignage et expertise (standard)
  • Plan américain : plus dynamique, montre la gestuelle, utile si l’intervenant bouge beaucoup

👉 Si tu filmes en vertical (9:16) pour réseaux, tu peux assumer un cadrage plus centré. En horizontal, le looking room est souvent plus naturel.

La triangulation du regard : le “triangle magique”

C’est une clé souvent ignorée… et pourtant visible immédiatement à l’écran.

Le principe

Créer une géométrie entre :

  • la caméra
  • le sujet interviewé
  • l’intervieweur

Mise en place (très concrète)

  • L’intervieweur s’assoit juste à côté de la caméra, légèrement à gauche ou à droite de l’objectif
  • Les yeux de l’intervieweur sont à une hauteur proche de l’objectif
  • Objectif : que le sujet regarde “dans la direction” de la caméra sans la regarder frontalement

L’erreur fatale

Placer l’intervieweur trop loin de l’axe caméra : le sujet doit trop tourner la tête, on voit davantage le blanc de l’œil, et l’audience a l’impression que la personne “regarde ailleurs” (connexion plus faible, rendu moins flatteur).

Pour en savoir plus à propos de ces techniques de tournage, vous pouvez consulter notre page de formation en tournage et montage video.

Lumière : le setup 3 points (même avec petit budget)

Tu n’as pas besoin de matériel cinéma haut de gamme. Tu as besoin de logique.

Key light (lumière principale)

  • Placée à ~45° du sujet
  • Légèrement surélevée
  • Crée le modelé du visage et l’ambiance générale

Fill light (lumière d’appoint)

  • De l’autre côté, moins puissante
  • Objectif : adoucir les ombres sans tout “aplatir”
  • Réglage simple : souvent autour de la moitié de l’intensité de la key

Back light (contre-jour)

  • Derrière le sujet, dirigée vers lui
  • Détache cheveux/épaules du fond → effet de profondeur immédiat

Astuce fenêtre (key light gratuite)

Place le sujet près d’une fenêtre : la lumière naturelle devient ta key light.
Mais évite de placer le sujet dos à la fenêtre (contre-jour ingérable), sauf effet volontaire (silhouette, anonymat).

Température de couleur : choisir selon l’émotion

  • Lumière chaude : cosy, rassurante, intime
  • Lumière “jour” neutre : naturelle, documentaire, “vrai”
  • Lumière blanche/froide : clinique (souvent à éviter en interview, sauf intention spécifique)

Son : la priorité absolue (et les gestes qui sauvent un tournage)

Micro-cravate : placement + pièges

Le micro-cravate est souvent le meilleur choix, mais attention :

  • frottements de vêtements
  • micro “collé” contre une veste repliée
  • micro pas allumé (ça arrive, même aux pros)

👉 Monitore toujours au casque : c’est ton assurance qualité en temps réel.

Le “room tone” : 30 secondes qui changent ton montage

Avant de démarrer, enregistre 30 secondes de silence ambiant (le bruit réel de la pièce).
Ça sert à :

  • détecter un bruit parasite
  • combler des coupes audio au montage pour garder un son naturel (sinon les coupures “son vide” se remarquent immédiatement)

Peut-on supprimer le bruit de fond au montage ?

Oui, souvent tu peux l’atténuer fortement avec des outils de réduction de bruit. Certains logiciels (ex. fonctions avancées d’isolation de voix selon version) permettent de doser l’effet, mais le mieux reste : bien capter à la source.

Diriger l’interview : posture “réalisateur/journaliste”

Une interview réussie, c’est aussi une relation humaine : ton rôle est d’obtenir des réponses exploitables, fluides, et sincères.

L’écoute active… silencieuse

Hoche la tête, souris, encourage — mais évite les “hum hum”, “oui”, “exactement” pendant que l’autre parle.
Ces interjections se chevauchent à la voix et compliquent énormément le montage. Règle simple : quand l’intervenant parle, personne d’autre ne parle.

Le pouvoir du regard (ton “ancrage émotionnel”)

Garde un contact visuel bienveillant : tu aides l’intervenant à rester naturel et à ne pas “chercher la caméra”.

Une interview pro avec 1 caméra ou 2 ?

  • 1 caméra : parfaitement possible si cadrage, lumière, son et décor sont maîtrisés. Tu peux ajouter du rythme au montage via des recadrages (zoom in/out léger) et du B-roll.
  • 2 caméras : plus de choix au montage, alternance d’angles, rythme plus simple à créer.

Pourquoi filmer le setup et l’équipe ?

Pour des B-rolls : plans de coupe, matière visuelle, rythme, preuve “coulisses”. C’est très utile pour éviter une interview trop monotone.

Montage : rendre l’interview claire, fluide, et “regardable”

C’est ici que ton mot-clé secondaire prend tout son sens : apprendre à filmer et monter des vidéos, c’est apprendre à penser “tournage + montage” comme un seul process.

La structure de montage la plus efficace

  1. Hook (5–15s) : la phrase la plus forte / la promesse
  2. Contexte court : qui parle + pourquoi c’est crédible
  3. Corps : 3 à 5 idées max (avec exemples concrets)
  4. Conclusion actionnable : ce qu’on doit faire maintenant

Rythme : cuts propres + plans de coupe

  • Coupe les hésitations et répétitions
  • Ajoute des B-rolls sur les passages “techniques”
  • Utilise le room tone pour masquer les coupes audio

Sous-titres et lisibilité

Même en format long, les sous-titres (ou au minimum des “mots-clés à l’écran”) augmentent la compréhension et la rétention, surtout sur mobile.

La routine pro : checklist finale (2 minutes avant REC)

Cette routine évite une majorité d’erreurs.

Fond / décor

  • Profondeur de champ suffisante ?
  • Arrière-plan rangé, sans éléments distrayants ?
  • Couleurs/textures harmonieuses ?

Lumière

  • Visage bien exposé, flatteur, sans ombres disgracieuses ?
  • Contre-jour (back light) présent pour détacher du fond ?
  • Exposition vérifiée sur l’écran caméra ?

Son

  • Micro allumé et bien branché ?
  • Niveaux ni trop forts ni trop faibles ?
  • Bruits ambiants testés + room tone enregistré ?

Intervenant

  • Sait où regarder ?
  • Confortable, stable, verre d’eau à portée ?
  • Détendu et prêt ?

FAQ

Qu’est-ce qu’un vidéaste doit absolument préparer avant une interview ?
L’intention éditoriale (message + audience), les questions (avec réponses en phrases complètes), le repérage (son + lumière + espace) et une checklist matériel avec solutions de secours.

Quel est le meilleur micro pour filmer une interview ?
Le micro-cravate est souvent le plus fiable : proche de la bouche, discret, et il isole bien la voix des bruits ambiants. Un micro canon peut compléter si bien placé.

Comment rendre une interview plus professionnelle sans gros budget ?
En travaillant la mise en scène : profondeur de champ (sujet éloigné du fond), cadrage (règle des tiers + looking room), triangulation du regard, et éclairage 3 points (même simplifié).

Peut-on filmer une interview professionnelle avec une seule caméra ?
Oui. Une seule caméra suffit si le son est excellent, la lumière propre, le décor maîtrisé et le cadrage stable. Tu peux dynamiser au montage via recadrages et B-roll.

Pourquoi enregistrer 30 secondes de “silence” avant l’interview ?
C’est le room tone : il sert à détecter des bruits parasites et à combler des coupes au montage pour garder un son naturel et continu.

Comment éviter que l’interview soit monotone ?
Prévois des plans de coupe (B-roll), varie légèrement les valeurs de plans (ou angles si 2 caméras), et structure le montage avec un hook, des exemples concrets et une conclusion actionnable.

Alexandre SCHAAL

Formateur Principal - Équipe éditoriale & pédagogique (Clapora)

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